Êtes-vous pour ou contre la chasse à courre ? Si vous êtes contre la chasse à courre, vous vous intéresserez certainement au site de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS). Si vous êtes plutôt pour la chasse à courre, c’est le site de la Société de Vénerie qui retiendra votre attention…
Mais avant d’aller plus loin dans l’analyse, nous vous proposons de vivre en vidéo une expérience exclusive. Plongez au cœur d’une chasse à courre comme si vous étiez vous-même participant, sans tabou ni censure.
Pour mieux comprendre les images de cette chasse au cerf, voici quelques explications techniques. Il s’agit d’une scène rare et intense appelée le bat-l’eau. C’est le moment critique où l’animal, poursuivi par la meute, cherche un refuge dans un point d’eau pour masquer son « sentiment » (son odeur) et distancer les chiens.
Voici les détails de ce terme et des étapes associées :
- Le bat-l’eau : l’animal de chasse, épuisé par la menée, se réfugie dans un étang, une rivière ou un plan d’eau pour couper sa voie olfactive.
- L’hallali courant : les chiens rejoignent le cerf alors qu’il se déplace encore dans l’eau.
- L’hallali par terre : le cerf s’arrête, fait face aux chiens (on dit qu’il tient les abois) et se défend, au milieu de l’eau ou sur la berge.
Cette phase précède généralement la fin de la quête et la mise à mort, appelée « servir » l’animal.
Le débat
On a naturellement tendance à se diriger vers les plateformes qui abondent dans le sens de nos propres convictions. Pourtant, il est beaucoup plus instructif d’analyser l’ensemble des positions pour se forger un avis éclairé. C’est pourquoi nous vous proposons d’étudier les arguments de chaque camp afin d’éviter le piège du point de vue unique.
Une recherche rapide sur le mot-clé « Chasse à courre » met en évidence deux visions antagonistes portées par l’ASPAS et la Société de Vénerie. Commençons d’abord par la définition de Wikipédia, qui se veut la plus factuelle possible.
Wikipédia : une définition encyclopédique
On remarque d’emblée que le terme encyclopédique mis en avant est « Vénerie », une appellation plus traditionnelle et parfois moins connue du grand public que « chasse à courre » :
La vénerie, aussi appelée « chasse à courre » ou encore désignée par « chasse à cor et à cri », est un mode de chasse qui consiste à poursuivre un animal sauvage (traditionnellement un cerf, sanglier, chevreuil, renard, lièvre ou lapin) avec une meute de chiens courants, jusqu’à le perdre ou le prendre. Les chiens chassent l’animal sauvage à l’odeur qu’il laisse sur son passage, appelée la « voie ». Les chiens sont dressés et entraînés à ne chasser qu’un seul animal à la fois. Les veneurs, à pied ou à cheval, encadrent la meute de chiens et les aident dans leur quête.
Chasser un seul animal à la fois implique un volume de prélèvement structurellement limité. Si l’encyclopédie note que cette pratique fait l’objet de vifs débats sociétaux, elle s’abstient de tout jugement de valeur.
L’ASPAS : une opposition frontale et éthique
Pour comprendre les arguments des opposants à la vénerie, analysons la position officielle de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS).

Une posture sans concession
L’association présente ses missions en ces termes :
Depuis 1980, l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) conteste sans concession toute décision qui porterait atteinte à la vie sauvage et aux milieux naturels.
Ce positionnement « sans concession » montre le refus du compromis face à ce que l’association considère comme une atteinte au bien-être animal. Si cette approche trace une ligne de fracture nette entre les usagers de la nature, elle pose une question centrale : peut-on légiférer sur des pratiques morales et imposer des interdictions basées sur des valeurs éthiques divergentes ? Le débat reste ouvert, à condition d’être mené dans le respect mutuel.
Un loisir jugé anachronique
L’ASPAS qualifie la chasse à courre de loisir sanguinaire d’un autre temps, rappelant qu’elle est interdite chez plusieurs de nos voisins européens, comme l’Allemagne, la Belgique ou le Royaume-Uni. Pour l’association, la définition de la pratique est claire :
Une pratique qui consiste à traquer, à l’aide d’une meute de chiens, un animal sauvage (cerf, chevreuil, renard…), jusqu’à l’épuisement, avant de le « servir » à l’arme blanche (= le tuer).
Cette description suggère une issue systématiquement fatale. Pourtant, la réalité du terrain montre que le gibier échappe très souvent à la meute. Contrairement aux chasses modernes au fusil (battues, affûts), la vénerie se caractérise par un taux de prélèvement très bas, ce que mettent en avant ses défenseurs.
Cérémonial et gestion des incidents
L’association critique également la dimension traditionnelle de la chasse :
Le corps de l’animal est jeté aux chiens, sa tête est conservée comme trophée, et ses pattes coupées et offertes à des invités méritants. Ce divertissement, hérité de l’Ancien Régime, est autorisé en France du 15 septembre au 31 mars par l’article L. 424-4 du Code de l’environnement.
Sur ce point, les pratiquants apportent une nuance majeure : la venaison (la viande) est une ressource précieuse, consommée par les chasseurs. La « curée » est un rituel codifié où seules les parties non consommables sont laissées à la meute pour la récompenser de son effort, le tout accompagné par les sonneurs de trompe.
L’ASPAS pointe enfin du doigt des incidents de fin de chasse à proximité des zones habitées (massifs de Fontainebleau, Rambouillet, Compiègne) : chiens sur les axes routiers, intrusions dans les propriétés privées ou animaux acculés dans des jardins. Si ces conflits de voisinage sont réels et alimentent les tensions entre militants et veneurs, chaque camp se renvoie la responsabilité des débordements et des violences constatées sur le terrain.
La Société de Vénerie : la défense d’un patrimoine et d’une sélection naturelle
Pour équilibrer l’analyse, examinons les données de la Société de Vénerie. En France, la discipline compte 390 équipages pour environ 10 000 pratiquants et près de 100 000 sympathisants. Il s’agit d’une communauté restreinte mais particulièrement active dans la préservation de ce patrimoine cynégétique.
Le chien au cœur de la pratique
La fédération définit la vénerie comme :
Un mode de chasse qui se pratique autant à pied qu’à cheval mais toujours avec l’aide des chiens, seuls habilités à poursuivre l’animal chassé tant leurs qualités olfactives sont développées.
La pratique s’est largement démocratisée, notamment grâce à la chasse à pied (petite vénerie pour le lièvre ou le lapin), accessible sans infrastructure équestre.
Un mode de chasse basé sur la sélection naturelle
L’argument central de la Société de Vénerie repose sur le faible impact de cette chasse sur les populations de gibier :
Trois fois sur quatre, l’animal chassé triomphe, tant ses capacités physiques, ses ruses et la maîtrise de son biotope sont impressionnantes.
En calquant son action sur celle des grands prédateurs naturels comme le loup, la meute opère une sélection naturelle. Elle n’utilise aucun moyen technologique moderne pour capturer le gibier (pas d’armes à feu, pas de pièges). C’est pourquoi ses partisans la décrivent comme une approche profondément écologique et respectueuse des équilibres forestiers.
Conclusion : la liberté individuelle face aux règles collectives
Le débat autour de la chasse à courre illustre parfaitement la tension philosophique entre les libertés individuelles et les sensibilités sociétales. En 1763, Jean-Jacques Rousseau écrivait dans ses Lettres écrites de la montagne :
La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d’autrui à la nôtre.
Ce principe fait écho au célèbre adage de John Stuart Mill rappelant que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Appliqué à notre sujet, ce cadre implique des devoirs réciproques : pour les veneurs, le strict respect des propriétés privées et de la tranquillité des riverains ; pour les opposants, le respect d’une activité légale et codifiée par le Code de l’environnement, sans recours à l’action violente ou à l’obstruction.
Au-delà des positions tranchées, l’essentiel demeure l’accès à une information plurielle et factuelle, loin des arguments démagogiques, permettant à chacun de se forger une opinion en son âme et conscience.
Et l’Intelligence Artificielle, qu’en pense-t-elle ?
Pour pousser l’expérience de la neutralité jusqu’au bout, nous avons posé la question à une Intelligence Artificielle. Sans surprise, les modèles comme ChatGPT n’ont pas d’opinion personnelle ni de conscience pour trancher. L’IA se contente de cartographier le débat de manière purement factuelle. D’un côté, elle synthétise les arguments des partisans (patrimoine cynégétique, rôle central des chiens sans technologie moderne, possibilité pour le gibier de s’échapper). De l’autre, elle liste les critiques des opposants (stress prolongé de l’animal, perception de cruauté par le grand public et incidents à proximité des habitations).
L’analyse de l’IA confirme exactement le cœur du problème : ce débat n’est pas une simple querelle de chiffres, mais un affrontement philosophique entre deux visions du monde qui ne se comprennent plus. D’un côté, la préservation d’une tradition et d’un mode de vie ; de l’autre, l’évolution de la sensibilité sociétale face au bien-être animal. Une preuve de plus que la solution ne viendra pas d’un algorithme, mais bien de la capacité de chacun à écouter les arguments de l’autre.
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